Que vaut vraiment la formation ?

Cette réflexion a été initiée par un collègue qui se dit de ceux qui croient que 80% de ce qui est fait en formation ne livre aucune valeur ajoutée. Cette opinion, assez tranchée, semble partagée par plusieurs de nos membres et a provoqué une discussion passionnante sur notre communauté de pratique.  Question au cœur de notre pratique: que vaut vraiment la formation ?  Nous la posons-nous souvent ?

Je vous propose d’en faire un résumé en y ajoutant mon propre grain de sel, plus pour refléter la richesse des échanges sur notre communauté de pratique que pour résoudre le débat.

L’observable et le mesurable

L’optimisation du taux d’efficacité des activités de formation (qui serait de 20% selon un sondage du Conference Board) relève d’une préoccupation organisationnelle saine et nécessite de notre part, professionnels de la formation, une constante remise en question sur nos pratiques. Certains de nos membres sont des adeptes de la preuve scientifique sur laquelle ils aimeraient baser leurs actions de formation. Ce qui est mesurable a de la valeur, il faut quantifier les résultats, le transfert et seules les actions de formation qui répondent à ces critères sont concluantes. Dans la même perspective, l’un d’entre eux encourage l’utilisation de  ‘données probantes’ en développement plutôt que de croyances, inspiré par les écrits de Ruth Colvin Clark.

Toujours dans l’observable et le mesurable, un autre membre de la communauté ajoute que toute formation ou portion de formation qui ne transpose en action est une non-valeur ajoutée et que seule une faible proportion de la formation serait réellement mis en pratique.

La valeur subjective de la formation

Dans un autre courant de pensée, que je trouve complémentaire, d’autres élargissent l’apprentissage non plus vers la recherche de résultats mesurables mais vers une occasion d’évoluer ou d’enrichir sa curiosité intellectuelle, de socialiser ou de partager ses pratiques. On accorde donc de l’importance à la valeur subjective de la formation, notion qui est largement répandues en andragogie et qui favorise l’apprentissage : l’intérêt, la concordance des valeurs, la perception de l’utilité, etc. Pour une membre de la communauté, quelques mots récoltés au cours d’une formation de huit heures peuvent représenter une valeur ajoutée énorme si ces mots sont ensuite source d’inspiration pour préciser sa mission professionnelle, par exemple.

Cette deuxième approche peut expliquer la popularité toujours aussi grande pour les conférences et colloques qui, ce n’est un secret pour personne, ne représentent pas des activités d’apprentissage efficaces dans le sens du développement de compétences transférables.

Le transfert est-il la clé de ce débat ?

Je vois ici deux orientations distinctes : la première est plus tournée vers l’organisation et les résultats, la seconde vers l’individu et les moyens. Ma neutralité suisse dicterait un bon dosage entre les deux…

Mais, biaisée par mon background de psychologue, j’aime les zones grises, les nuances et l’intangible. Ne fait-on pas affaire, en formation, à toute une palette de caractéristiques humaines difficilement mesurables ? Néanmoins, je suis aussi d’avis que beaucoup se servent de ce flou artistique pour proposer des actions de formation qui relèvent de la pensée magique, où la présentation d’un concept bien ficelé serait sensé provoquer un changement de comportement… illusion !

Dans ce débat, transfert est un mot clé. Comme professionnels de la formation, nous sommes tous à la recherche de cette formule infaillible qui assurerait l’application de nos activités de développement sur le poste de travail. Oui, c’est ce que les organisations nous demandent et elles ont raison. Les écrits sur ce sujets sont nombreux et un membre de la communauté propose un livre fondamental pour alimenter ce débat : The 6 disciplines of breakthrough learning dans lequel les auteurs confirment le chiffre de 20% mentionnés plus haut et nous suggèrent des pistes de solution pour contrer cette malheureuse statistique.

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A propos

Sylvie Lasser est conceptrice pédagogique à son compte et développe des solutions d'apprentissage et de transfert d'expertise depuis plus de 15 ans.

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